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Local
Pour recréer une ceinture agricole autour de Paris
09/02/2012 12:20:58
Pierre Missioux, le directeur de la Société dâ??aménagement foncier et dâ??établissement rural (Safer) dâ??Ã?le-de-France, appelle les acteurs publics à se mobiliser pour une relance de lâ??agriculture périurbaine. Interview bonus du journal n°39.
Ã? Flins et aux Mureaux (78), la défense des espaces agricoles sâ??est imposée grâce à lâ??intervention dâ??acteurs publics en faveur du foncier, mais aussi parce quâ??il existait « des porteurs de projet économiquement viables ». Photo : © Rafaël Trapet/Aleph/Picturetank. Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur le foncier agricole " Pierre Missioux : Chaque année, 1.500 hectares de terres agricoles disparaissent au profit de lâ??urbanisation en Ã?le-de-France. Le phénomène reste important, mais il sâ??est nettement ralenti par rapport aux années 1970 et 1980. Depuis, elle se ralentit, ce qui nâ??est pas le cas dans dâ??autres régions françaises. Les causes sont connues : le logement, les zones dâ??activité et notamment les parcs logistiques, les infrastructures, les extractions de sables et les stockages de déchets. Pour inverser la tendance, lâ??Ã?le-de-France dispose toutefois dâ??outils, comme le Schéma directeur dâ??aménagement régional (NDLR : la feuille de route de la Région en matière dâ??aménagement de son territoire sur 20 ans). Câ??est une vraie tentative de coordination et beaucoup de régions françaises pourraient nous lâ??envier.
Ce mouvement est-il inéluctable " PM : On assiste actuellement à une prise de conscience. Urbanistes, architectes, élusâ?¦ Tout le monde plaide désormais pour préserver des terres agricoles en périphérie des villes. Câ??est très récent. Et les premiers résultats sont au rendez-vous. Avec la Chambre dâ??agriculture dâ??Ã?le-de-France, la Safer a proposé la création dâ??un pôle maraîcher biologique sur 80 hectares dans le cadre de la reconversion de la base aérienne de Brétigny-sur-Orge (91). Mais il faudrait que tous les acteurs publics participent à ce mouvement, deviennent de « bons élèves » et passent à lâ??acte. Malgré les lois de décentralisation, lâ??Ã?tat joue encore un rôle incontournable dans lâ??aménagement du territoire francilien. Il plaide, dans les textes, pour la préservation des espaces agricoles. Sur le terrain, la traduction nâ??est pas toujours au rendez-vous.
Mais peut-on développer des activités, construire des logements et des infrastructures, sans toucher aux espaces agricoles " PM : En matière de construction de logements, la priorité doit être donnée à la densification des villes, pour limiter au maximum lâ??étalement urbain. Quant aux zones dâ??activités, il faudrait étudier dans le détail le nombre dâ??emplois réellement créés. Bien souvent, les communes se livrent à une concurrence sans merci pour attirer les entreprises. On assiste alors à des déménagements de sociétés dâ??un site à lâ??autre. On le voit très nettement dans le secteur de Roissy (95)â?¦ Comment expliquez-vous que la métropole parisienne ait conservé des liens encore forts avec son passé agricole " PM : La France demeure un grand pays agricole. Et Paris a maintenu ce lien étroit avec lâ??agriculture. Après tout, le dernier bÅ"uf a été tué aux abattoirs de la Villette en 1974. Ce nâ??est pas si vieux. Par ailleurs, la capitale bénéficiait de la présence dâ??une « ceinture verte » qui avait pour mission de nourrir les Parisiens. Elle est en lambeaux aujourdâ??hui ! Câ??est un paradoxe, car nous assistons depuis quelques années à un mouvement de fond, à un besoin de recréer des liens de proximité entre les consommateurs et les producteurs. On le voit avec le succès des Amap (NDLR : Association pour le maintien de l'agriculture paysanne) à Paris. Il faut donc recréer, reconstituer cette ceinture maraîchère. La mission de lâ??Agence des espaces verts en est lâ??un des promoteurs. Câ??est un vrai défi. Dâ??autant que lâ??enjeu nâ??est pas uniquement foncier. Naturellement, il faut intervenir pour préserver des terres, comme cela a été fait à Flins et aux Mureaux (78). Mais il faut aussi des porteurs de projets économiquement viables, des candidats à lâ??installation suffisamment solides. Ã? Coubron (93), le foncier était lÃ, mais il a fallu deux ans pour trouver un agriculteur ! Comment expliquez-vous cette absence de porteurs de projets " PM : Lâ??agriculture périurbaine présente des avantages certains : vous êtes en contact direct avec un bassin de plusieurs millions de consommateurs. Cela explique, par exemple, lâ??importance de la vente directe sur les exploitations franciliennes. Mais elle a ses contraintes. Lâ??agriculture spécialisée se retrouve hors du champ de la politique agricole commune. Or elle rencontre des difficultés spécifiques, des surcoûts conséquents. Il nâ??est donc pas étonnant de voir des chambres dâ??agriculture militer pour la reconnaissance de ce handicap, comme cela a été fait et obtenu pour lâ??agriculture de montagne ! Enfin, la baisse constante du nombre dâ??exploitations et de la surface agricole dans la région a des conséquences qui peuvent être déconcertantes. Sâ??installer en tant quâ??éleveur dans les Yvelines, ce nâ??est pas facile quand vous nâ??avez pas quasiment plus dâ??abattoirs en Ã?le-de-France et quâ??il vous faudra assurer le transport de vos animaux dans lâ??Orne !
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